APEDYS
   
La dyslexie, l'union fait la force!
   
Témoignage Lorsque le handicap est reconnu par les instances mais pas par les professeurs..

mu150 écrit "

 

Une lettre envoyée par une mére au proviseur du collège dans lequel est scolarisé son enfant.

Cette lettre retrace le parcours du combattant, mené pour tenter de faire reconnaitre le handicap de son enfant par les enseignants et les effets de cette non reconnaissance sur ce dernier.

Les noms ont été volontairement remplacé par X.

 

 



M. N.                                                                                                   X,   le 27 juin 2006

Maman d’X

Scolarisé au collège X

en classe de 4ème (2005 / 2006)

 

A L’ATTENTION DE Mr LE PROVISEUR

Monsieur,

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous faire part de la manière dont s’est déroulée l’année scolaire 2005 / 2006 pour mon enfant, X.

X est un enfant reconnu handicapé par la CDA (commission des droits et de l’autonomie) pour une dyslexie / dysorthographie (détectées à la fin du CM2) et dysgraphie (détectée en mars 2001) sévères. Son taux de handicap est > ou = 50% et < 80% et ouvre droit à une AEEH de base. Ce handicap entraine d’énormes difficultés, notamment dans la restitution écrite des connaissances, aussi bien au niveau :

  • du fond (X ne sait pas rédiger, ne sait pas structurer un récit, ne réussit pas à organiser ses idées, à faire un plan…)
  • que de la forme (pas de ponctuation, pas de majuscules, écriture illisible…).

Cependant, X est très efficient à l’oral. Il possède de bonnes capacités d’apprentissage et de mémorisation. C’est un enfant intellectuellement précoce[1], très vif d’esprit et qui n’a aucun mal à apprendre ses leçons (sauf en langues – français, anglais, italien). Il a une année d’avance (saut d’une classe en primaire - décision prise par le conseil des maîtres à la fin de l’année scolaire, en accord avec l’équipe du CMPP, dans le but de tenter de remédier à ses problèmes de comportement dus à son ennui). Je précise que malgré quelques difficultés ressortant à l’écrit, la dyslexie n’a pas été détectée à l’époque[2].

Son année de 6ème s’est plutôt bien déroulée parce que son professeur principal, Mr X,  était très sensibilisé par les problèmes posés par la dyslexie. Il avait bénéficié, à la rentrée 2003/2004, d’une formation sur ce handicap, ses manifestations et ses conséquences. Je précise qu’aucun cadre administratif n’a été nécessaire (PAI, PPS…) en 6éme.

Son année de 5ème s’est moins bien passée. Ses notes ont chuté et des troubles comportementaux sont apparus parce que son problème a été peu considéré par l’équipe enseignante. Son professeur principal, Mme X ignorait tout de  la dyslexie et le dialogue a été assez difficile tout au long de l’année. Néanmoins, les efforts d’X lui ont permis de passer en 4ème avec des résultats tout à fait acceptables.

Quand à cette année 2005/2006 : elle fut catastrophique à tous les niveaux parce que son handicap n’a pas été pris en compte, ni par l’équipe enseignante, ni par l’administration et ce, malgré le fait qu’un PPS[3] (projet personnalisé de scolarisation) ait été établi en début d’année, PPS qui avait pour objectifs :

  • de mettre en évidence avec précision les nombreuses difficultés  rencontrées par mon enfant du fait de son handicap,
  • d'apporter des éléments de réponse précis pour l'aider à surmonter ses difficultés à l'écrit afin de favoriser son intégration au sein de l'institution scolaire.

1) Son handicap n’a pas été reconnu. Ci-dessous,  les commentaires des professeurs sur les devoirs surveillés d’X

  • Votre français est chaotique
  • Illisible, illisible, illisible, illisible...
  • Je n'arrive pas à vous lire
  • Faites un effort pour le français
  • Brouillon
  • Attention au français
  • Français chaotique
  • Aucun effort au niveau de l'écriture
  • Aucun effort d'écriture
  • Aucun effort
  • Pas de  travail sérieux
  • Tu ne lis pas bien les questions
  • Ca devient illisible, il faut que tu fasses un effort car je peux à peine deviner ce que tu écris
  • Tu ne fais pas d’effort
  • Pas rédigé
  • Il faut mette des majuscules aux noms propres
  • Attention à la ponctuation
  • Ecriture peu soignée – taille ton crayon
  • J’ai parfois du mal à comprendre ce que tu écris
  • Attention à la ponctuation. Il est très difficile de déchiffrer ton devoir. Attention à l’écriture…

Et sur les bulletin trimestriels :

  • De grosses difficultés à l’écrit mais aussi un manque d’attention et de travail en classe…
  • Résultats catastrophiques à l’écrit
  • X doit faire des efforts personnels pour progresser
  • Les résultats écrits sont trop justes
  • Des difficultés de concentration
  • Doit soigner son travail à l’écrit
  • Il faut faire un effort de rédaction
  • Concentration difficile à trouver
  • Des difficultés certaines à l’écrit mais X  pourrait faire mieux en faisant preuve de bonne volonté
  • X ne fait pas d’effort pour rendre un travail à peu près présentable
  • Toujours de grosses difficultés à l’écrit
  • De bonnes choses à l’oral mais doit soigner son travail écrit
  • Attention au français
  • X se maintient dans la moyenne sans  faire d’effort pour améliorer ses résultats…

2)Le PPS n’a pas été respecté :

  • Ses efforts n’ont pas étés reconnus (voir ci-dessus)
  • Aucun élève tuteur n’a été désigné pour l'épauler
  • Aucun accès à l'informatique et au correcteur d'orthographe, en dehors du domicile familial
  • Aucune photocopie de cours à l'exception des mathématiques
  • Aucun exercice corrigé sauf en mathématiques
  • Le fond n’a presque jamais été privilégié sur la forme
  • Le cahier de texte n’a jamais été vérifié.

De plus, ses connaissances ont uniquement été évaluées à l'écrit, même en langues, ce qui l’a fortement pénalisé : l’écrit évalue son handicap et non ses connaissances et capacités.

Enfin, très peu de « devoirs-maisons » ont été proposé cette année. Il n'a donc eu aucune possibilité de rattraper ses mauvaises notes obtenues en classe.

Par contre, il travaillé à la maison et j’ai veillé, tout au long de l'année, malgré une forte démotivation qui n’a fait que grandir au fil du temps, à ce qu'il fasse ses devoirs et apprenne ses leçons avant les contrôles. Pour ce faire, nous sommes basés sur les informations du manuel scolaire, les traces écrites prises pendant le cours étant complètement illisibles. Pour chaque matière, nous avons réalisé ensemble des fiches reprenant les points essentiels du cours. Ces fiches ont été apprises avant les contrôles.

De plus, il a fait de très gros efforts en ce qui concerne la présentation des devoirs surveillés.

Cette non prise en compte du handicap par l’équipe éducative a  entraîné chez X :

  • Des troubles du comportement : agitation, agressivité, refus, renonciation…ayant pour conséquence de nombreux mots dans le carnet, quelques heures de retenues, des exclusions de cours et des passages répétés à la vie scolaire ou dans le bureau du proviseur adjoint,
  • un sentiment d'échec important et une mauvaise estime de soi,
  • de nombreux problèmes de santé (maux de tête, vomissements, crises d’asthme fréquentes…) qui ont entrainés de nombreuses absences,
  • Une baisse de motivation pour tout ce qui concerne le travail scolaire avec souvent un refus de travailler même à la maison.
  • Ses résultats scolaires ont chuté et une décision de redoublement a été prise par le conseil de classe, décision à laquelle son père et moi avons fait appel et qui n’a pas été confirmée par la commission d’appel, très attentive à nos arguments et sensibilisés aux problèmes des enfants précoces et dyslexiques (double handicap)…

Alertée par les mauvaises, les commentaires sur les copies et par les appréciations sur le bulletin du 1er  trimestre, j’ai repris contact avec l’administration à la fin du mois de février afin de demander une réunion pour faire le point sur la mise en application du PPS.

N’ayant aucune nouvelle le 10 mars, j’ai contacté la CDES qui m’a orientée sur la MDPH et sur Mme X chargée du « dossier dyslexie » dans cette structure. Cette dernière m’a dit de faire une demande d’AEEH[4] (allocation pour l’éducation de l’enfant handicapé) afin d’obtenir une reconnaissance officielle de son handicap. Elle m’a suggéré de prendre contact avec le médecin scolaire du collège afin de lui demander de veiller à l’application du PPS. Lorsque je lui ai dit que le médecin était le Dr X, elle m’a répondu qu’elle s’adresserait directement à elle et qu’elle lui demanderait de me contacter, que les choses iraient plus vite de cette manière.

 Le 17 mars, souhaitant relancer ma demande de RDV, considérée alors comme urgente au vu de la dégradation constante des notes d’X et de son comportement, j’ai eu un entretien téléphonique avec Mme X, infirmière scolaire. Cette dernière m’a fait savoir que le Dr X n’officiait plus en tant que médecin pour le collège S et qu’il n’y avait pas de remplaçante. Elle m’a dit qu’elle verrait avec Mme X (professeur principal de la classe de X) pour convenir avec elle et Mme X (professeur de français) d’un RDV. Mais que ce serait plus certainement après le 2nd conseil car en période de conseil, les professeurs sont surchargés de travail.

Le 28 mars a eu lieu le conseil de classe.

Le 7 avril, n’ayant toujours pas reçu le bulletin du 2nd trimestre, j’ai téléphoné au professeur principal pour savoir ce qu’il en était. Finalement, j’ai obtenu un RDV avec elle et Mr X (proviseur adjoint) le 13 avril pour la remise du bulletin. J’ai reparlé à Mme X et à Mr X des problèmes rencontrés par mon enfant et du fait qu’ils n’étaient pas pris en compte et que je souhaitais une mise au point avec l’équipe éducative.

Le 15 mai, n’ayant toujours aucune nouvelle du collège, j’ai recontacté l’infirmière scolaire afin de lui demander une nouvelle fois un RDV.

Suite à cet appel, le RDV a été fixé pour ….le 30 mai, c'est-à-dire une semaine avant que le 3ème conseil de classe ne se prononce en faveur d’un redoublement pour mon enfant pour « manque évident de travail et de motivation et réactions incompréhensibles et inquiétantes ».

Suite à cette décision, nous avons eu, le papa d’X et moi-même, un entretien avec le professeur principal et le proviseur adjoint afin de tenter d’expliquer une nouvelle fois les raisons qui ont entrainé une chute des résultats scolaires et une aggravation des problèmes de comportement. Or, malgré nos nombreux arguments, la décision a été maintenue : nous avons vraiment l’impression de ne pas avoir étés entendus.

Si je vous ai  écrit ce courrier, c’est :

  • pour éviter que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent l’an prochain,
  • pour témoigner sur le parcours du combattant subi par des parents dont l'enfant est reconnu handicapé par les instances mais pas par le milieu enseignant et sur les conséquences de cette non reconnaissance sur l’intégration d’un enfant handicapé alors que l’intégration des enfants handicapés en milieu ordinaire est une des priorités du gouvernement actuel,
  • pour demander à ce que le professeur principal d’X en 3ème soit un enseignant si possible sensibilisé aux difficultés que rencontre un enfant de 13 ans dyslexique / dysorthographique et dysgraphique qui ne sait pas écrire mais qui possède par ailleurs de bonnes capacités d’apprentissage.
  • Je souhaite avant tout qu’X ait la possibilité de s’épanouir au sein de l’institution scolaire, en lui permettant de développer au mieux ses capacités intellectuelles et ses qualités personnelles, qu’il ait les mêmes chances que les autres de réussir et que des aides réelles soient mises en place pour l’aider à y parvenir.
  • Une dyslexie mal prise en charge peut compromettre très sérieusement l'avenir d'un enfant non reconnu dans ses difficultés, celui-ci peut développer des troubles du comportement. "L'enfant sait qu'il est normal, voit qu'il est intelligent, mais qu'il n'arrive pas à apprendre. Sans cesse en décalage, il se sent dévalorisé et se forge une mauvaise image de lui-même, qui peut le conduire à développer des comportements réactionnels" explique Abdeihamid Khomsi, linguiste, professeur de psychologie à l'Université de Nantes et spécialiste de la dyslexie. » [5]

    Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire relatif à ce courrier.

    Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes meilleures salutations.

    M.N.

    NB : une copie de ce courrier a été transmise à l’inspecteur d’académie et au médecin charge de la promotion de la santé en faveur des élèves à l’inspection académique.


    [1] Test WISC effectué par le CMPP (centre médico-psycho pédagogique)

    [2] Ce phénomène est assez fréquent chez les enfants précoces qui, grâce à leurs capacités intellectuelles mettent en place toutes sortes de stratégies pour compenser les déficits du langage écrit.

    [3] Cf.  copie du PPS ci-jointe

    [4] Je n’ai pas fait cette demande avant car lors de première la réunion du PAI en5ème, le Dr X m’a fait savoir que cette démarche n’aboutissait jamais et qu’il était donc inutile de  l’entreprendre puisque les dossiers atterrissaient sur son bureau et étaient systématiquement rejetés.

    [5] http://www.esculape.com/fmc/dyslexie.html   Source : APEDYS (association de parents d’enfants dyslexiques), France.



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Posté le Mardi 27 juin 2006 @ 21:01:26 par apedys

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